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Fête de Famille : “Catherine Deneuve n’est pas une actrice qui demande un traitement particulier”

Pour la première fois dans “Fête de famille”, Cédric Kahn est devant et derrière la caméra, face à une équipe d’acteurs de haute volée, parmi lesquels Catherine Deneuve et Emmanuelle Bercot. Rencontre avec une nouvelle et vraie famille de cinéma…

C’est à Angoulême puis à Paris que nous avons rencontré Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot et Cédric Kahn. Découvrez ci-dessus notre interview en images et ci-dessous notre entretien complet avec les deux actrices et l’acteur-réalisateur de Fête de famille, en salles ce mercredi 4 septembre.

Un des bons endroits de trac ? Tourner avec Catherine Deneuve

Après avoir excellé dans le polar clinique (Roberto Succo), le drame romantique conjugal (Les Regrets, Une vie meilleure) ou encore la chronique religieuse (La Prière), Cédric Kahn s’attaque au film de famille. Un genre qu’il n’a pas encore exploré au sein de son éclectique filmographie et qui lui va bien, surtout lorsque, sous l’impulsion de sa productrice Sylvie Pialat, il a la bonne idée de l’approcher en tant qu’acteur. “Je dois toujours avoir dans mes films le sentiment de tenter quelque chose et là, y jouer faisait partie de la tentative : je ne l’avais jamais fait, cela me faisait peur, c’était vertigineux. La peur est un bon indicateur pour moi”, confie-t-il, avant de reconnaître qu’un des “bons endroits de trac” se logeait aussi dans le fait de tourner avec Catherine Deneuve. “De l’avoir comme partenaire et d’être son metteur en scène puis d’avoir tout un groupe à gérer dont des enfants, me donnaient l’impression de cumuler tous les challenges, sauf que le dispositif du film était très simple : le huis clos, la possibilité de refaire des choses compensaient cela.” 

Vincent Macaigne me faisait tellement rire, c’est tellement bien de rire !

Alors qu’ils sont très écrits, les dialogues et la mise en scène au cordeau de Cédric Kahn laissent, et on ne se prive pas de le lui dire, une réelle place à la réaction si ce n’est à l’improvisation, offrant des scènes de repas vivantes qui semblent très réalistes et libres : “Je pense que la précision de l’écriture autorise la liberté au moment du tournage. J’ai préparé le film comme jamais, j’avais prévu toutes les places de caméra avant, mais au moment de tourner, tout ce qui me paraissait compliqué est devenu simple grâce à la qualité du groupe, son niveau de jeu, sa bienveillance, sa liberté.” 

Libres, les héros de Fête de famille le sont par leur franc parler et l’absence de filtres entre eux lorsque, de la tendresse à la cruauté, ils sont amenés à se dire leurs vérités. Si le personnage qu’il a choisi d’incarner lui permet de se moquer de son côté gentiment “redresseur de torts” dans la vie, c’est de celui joué par Vincent Macaigne que le réalisateur se sent le plus proche, cet “artiste de la famille à qui on demande de redescendre sur terre”. Il faut dire que dans la peau de l’original, Macaigne fait des étincelles, séduisant même la grande Catherine Deneuve sur le plateau : “Oh il me faisait tellement rire, c’est tellement bien de rire et cela n’arrive pas aussi fréquemment sur un tournage. C’est un personnage incroyable, il parle tout le temps, il est insensé, il raconte toujours des histoires insensées, je l’aime beaucoup”, a-t-elle volontiers confié.

J’étais très content de faire un film en hommage aux femmes car j’ai beaucoup écrit sur les hommes

Face à cette figure marginale que tout le monde appréciera, se dressent les personnages de femmes, pour la première fois centrales dans le cinéma de Cédric Kahn : “Elles font partie d’une lignée puissante dans leur force comique, tragique, leur dérision. Elles tiennent la famille, tandis que les hommes sont un peu satellisés. Ici, c’est le personnage joué par Emmanuelle Bercot qui déclenche tout. Elle vient tendre un miroir à chacun lorsqu’elle revient, et révéler le groupe dans ses lâchetés, ses petitesses et ses affections. Emmanuelle emmène le rôle très très loin. C’est ce que l’on souhaite lorsqu’on choisit un acteur, qu’il dépasse le personnage, l’écriture. Sa proposition était très intéressante car elle permettait de changer de sentiment au fur et à mesure au sujet de cette femme… J’étais plus globalement très content de faire un film en hommage aux femmes car j’ai naturellement beaucoup écrit sur les hommes et j’ai envie aujourd’hui de les explorer davantage d’autant que j’adore travailler avec les actrices.”

Des actrices qui le lui rendent bien, et qui par grand intérêt se sont beaucoup intéressées à la mise en scène de leur partenaire. “Quand je joue, je joue, mais c’est vrai qu’en tant qu’acteur, on a le temps de voir les choses se préparer et comme je suis passionnée de cinéma je m’y intéresse forcément. J’ai bien sûr regardé Cédric travailler et essayé de comprendre comment il découpait son film, mettait ses caméras mais plus par passion du cinéma que par réflexe de réalisatrice”, confie Bercot. Et Deneuve d’ajouter : “Cédric Kahn est génial pour ça, il m’avait dit de ne pas hésiter à lui dire si quelque chose n’allait pas car même si c’était lui qui dirigeait tout cela, cela lui importait que tout le monde fonctionne au mieux”.

Cédric Kahn a quelque chose de très puissant, très physique, organique dans sa façon d’être

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S’il a tenu compte de son lien de travail et d’affection avec Catherine Deneuve pour la caster, Cédric Kahn a surtout vite reconnu sa “fragile et forte” héroïne en Emmanuelle Bercot qui a dû jouer des scènes très physiques sur le tournage, au service des névroses de son personnage. Elle nous le confiait il y a des années de cela déjà, le corps est le plus important pour elle quant il s’agit d’incarner : “Elle joue beaucoup avec son corps, Emmanuelle”, sourit Catherine Deneuve. “Elle n’en joue pas attention mais elle joue avec, cela fait partie de sa personne alors que pour beaucoup d’acteurs, le jeu s’arrête au cou.” “C’est vrai que pour moi c’est le meilleur outil de travail!”, précise l’intéressée. “Il n’y a qu’à s’observer dans la vie quand on a une émotion, on la sent d’abord dans le corps. Je ne sais pas faire passer les choses autrement et c’est également le cas dans mon travail de metteur en scène, je ne suis pas intéressée par la psychologie et je ne suis pas bonne à cela, mais je mets en scène mes acteurs par ce qu’ils peuvent exprimer avec leur corps. Et j’aime beaucoup ça chez Cédric, il a quelque chose de très puissant, très physique, organique dans sa façon d’être”.

La puissance encore. Le terme est également employé par Catherine Deneuve lorsqu’elle qualifie l’acteur-réalisateur à qui elle a dit oui “très vite”. “Très vite car j’ai trouvé le scénario formidable avec des personnages intéressants, importants. J’ai vu La Prière tout de suite après. Mais cela ne se passe pas toujours comme cela vous savez, beaucoup de scénarios ont besoin de réécriture selon moi.Tout se joue à la lecture du scénario et à la rencontre avec le personnage.” L’information est cruciale lorsqu’on songe à tous les rôles que la comédienne a déjà campés et à l’appréhension qu’elle peut susciter a priori chez les auteurs du cinéma français : “Quand on ne me connait pas je peux comprendre qu’on puisse avoir peur de moi. J’essaie de faire mon possible pour casser ça dès les premiers jours car j’en suis consciente et il n’y a rien de pire que d’être impresssionné par quelqu’un que l’on doit diriger. Je fais tout mon possible pour que les choses soient simplifiées et casser quelque chose qui n’est pas. Je sais que l’on a cette appréhension à mon égard et je ne peux rien faire contre si ce n’est d’essayer de faire oublier ça. A côté de cela je ne suis pas coincée dans quelque chose, je me sens très libre que ce soit dans l’improvisation ou ce qu’on me demande.”

Si on me demandait de choisir, je choisirais de réaliser car c’est le plus important et je me définis avant tout comme metteur en scène

Une liberté qui a mis à l’aise Cédric Kahn réalisateur mais aussi acteur, réparant peut-être même définitivement son manque de confiance en lui devant une caméra. En effet lorsqu’on lui rappelle ses propos passés très timides lorsqu’il s’agissait de s’évoquer en tant que comédien, il acquiesce :  “Vous avez raison, à mes débuts je ne me sentais aucune légitimité à jouer, et quand Elie Wajeman m’a proposé d’interpréter pour la première fois le grand frère de Pio Marmaï dans Alyah, j’ai dit non pendant trois ans.” Là encore c’est la confiance qu’on lui faisait qui lui a donné l’envie de tenter l’aventure, avant de se trouver pris “dans un engrenage très positif” le poussant à continuer avec d’autres : “Pour arriver à ce que je joue dans mon propre film, il a fallu toutes ses étapes-là de découverte de moi-même et je le dis souvent, jouer m’a appris beaucoup sur moi. Et mon expérience de réalisateur m’a aidé à jouer, à m’enlever des obstacles. J’ai beaucoup dirigé des enfants et quand je joue, je pense beaucoup à ce que je leur disais : “amuse toi, oublie que tu es sur un tournage, oublie que les gens verront ça un jour, vis la scène”.

De quoi lui donner envie de jouer d’autres rôles, ceux qu’on ne lui as pas encore proposés ? “C’est terrible, c’est la drogue de l’acteur. Je n’avais rien demandé et maintenant j’ai envie de continuer et quand je ne le fais pas pendant un moment, cela me manque. Pour rien au monde je n’arrêterais de faire des films et si on me demandait de choisir, je choisirais de réaliser car c’est le plus important et je me définis avant tout comme metteur en scène. Mais être acteur m’a permis d’être plus léger sur un tournage, de me sentir moins responsable. J’aimerais bien faire un flic, et je m’étonne qu’on ne me l’ai pas encore proposé car je trouve que je suis assez crédible ! Sinon un politicien ! Comme les gosses, sinon… tout ce que je n’ai pas pu faire dans la vie, un avocat…, tout est bon ! “

Découvrez la famille de Cédric Kahn en images :

Fête de famille Bande-annonce VF

 

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