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Poker : 28 % des joueurs utilisent des médicaments pour gagner !

Le poker est de plus en plus pratiqué dans le monde, que ce soit à la maison, lors de tournois ou sur internet. Le risque addictif du jeu lui-même est déjà connu, au moins 5 % des joueurs seraient concernés. Mais la pratique du poker favorise-t-elle la consommation de substances psychoactives, influant sur la concentration, la réactivité, la mémorisation ou la fatigue ? Oui, selon une enquête américaine réalisée auprès de 200 joueurs, professionnels ou non.

28 % des joueurs se dopent avec des médicamentsLa pratique du poker pousserait à la consommation de substances dopantes, selon les résultats d’une étude menée par le Pr. Kevin Clauson et ses collègues de l’université NSU, en Floride. Ces derniers ont recueilli, par le biais d’un questionnaire en ligne, les habitudes de consommation de 198 joueurs de poker du monde entier (59 % venant des Etats-Unis, 24 % d’Europe, 11 % du Canada).Les répondants étaient à 96 % des hommes, avec un âge moyen de 26 ans (la majorité avaient entre 20 et 30 ans). 37 % des joueurs interrogés se disaient amateurs, 35 % semi-professionnels et 25 % professionnels. 67 % jouaient au poker en ligne, 18 % en “live“ (amis, tournois) et 15 % à la fois en ligne et en “live“.Premier résultat frappant : 28 % utilisent des médicaments de prescription “pour améliorer leur performance“ ! Ces médicaments sont principalement des amphétamines (stimulants), des benzodiazépines et des opioïdes (tranquillisants), du méthylphenidate (psychotrope utilisé pour focaliser l’attention) ou encore des beta bloquants (antihypertenseurs utilisés pour lutter le stress). Les joueurs se procurent ces médicaments soit directement auprès d’un médecin (38 %), soit auprès d’autres joueurs (52 %), soit en les achetant en ligne (10 %). Ils ont eu le plus souvent l’idée de prendre ces médicaments après les avoir testés lors de leurs études, ou en ayant cherché quelque chose pour rester réveillé plus longtemps.8 joueurs sur 10 consomment d’autres “drogues“

En dehors de ces médicaments, dont l’usage peut s’avérer dangereux pour le coeur, la respiration voire la santé mentale, 80 % des joueurs interrogés concèdent prendre d’autres substances psychoactives, dont certaines sont dangereuses : si 71 % utilisent de la caféïne et 51 % des energy drinks, ce qui n’est pas vraiment inquiétant, 34 % consomment du cannabis en jouant, 30 % de l’alcool et 8 % de la cocaïne, soit 3 substances potentiellement addictives et dangereuses sur le long terme.Par ailleurs, 46 % des joueurs ayant répondu à cette enquête prennent des compléments alimentaires pour améliorer leurs performances (vitamine B12, guarana, ginkgo biloba, ephedra, ginseng, mélatonine…).Ces consommations (médicaments, autres substances, compléments alimentaires) sont davantage présentes chez les joueurs de poker en ligne, en particulier les Américains.Vers de nouveaux messages de prévention ?Cette étude montre donc qu’une grande majorité de joueurs de poker testent ou utilisent régulièrement différentes substances pour tenter d’améliorer leur performance au jeu. Or la plupart de ces substances, hormis la caféine, les energy drinks et les compléments alimentaires, sont à risque d’addiction plus ou moins sévère, de psychose, voire de mort subite en cas d’anomalies cardiaques pré-existantes.

L’auteur principal, le Dr Clauson (professeur agrégé de pharmacie) a présenté ce travail au printemps dernier au congrès annuel du Collège des Pharmaciens “psychiatriques et neurologiques“ à San Antonio (Texas). Il a souligné que ces consommations reflètent à la fois un désir de performance et d’endurance, les parties de poker pouvant durer des heures, voire des jours. Lors de sa présentation, il a également mentionné les biais possibles de cette étude, le statut des joueurs (amateurs, pro, etc.) ne pouvant être vérifié.Néanmoins, ces résultats interpellent : faut-il se doper pour réussir au poker ? Ou est-ce le poker lui-même qui incite à la consommation de substances psycho-actives, en particulier lorsqu’il est joué en ligne, à l’insu du regard des autres, pendant des heures ? Ces questions mériteraient peut-être une étude plus approfondie, alors que l’Etat français vient de légaliser la pratique des jeux d’argent en ligne. Cela permettrait éventuellement d’adapter les messages de prévention gouvernementaux et associatifs, actuellement davantage centrés sur la dépendance liée au jeu, plutôt que sur le risque de consommations dangereuses destinées à améliorer la performance… et donc les gains.Jean-Philippe RivièreSource : “Use of cognitive and performance enhancing medications in poker players“, Clauson KA et coll., Nova Southeastern University, avril 2010, présentation

accessible en ligne
Illustrations :
– Capture d’écran d’un site français de poker en ligne, qui comporte dès la page d’accueil un avertissement sur les risques d’endettement, d’isolement et de dépendance, en lien avec le site de prévention

Joueurs-info-service – Poker et alcool, © JAAKONAHO/LEHTIKUVA- Kevin Clauson (site de l’Université NSU)Click Here: camiseta river plate

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